Le moment présent, c’est le vide entre l’inspir et l’expir, le silence entre deux notes. En réalité, c’est se libérer de l’attachement que nous avons à notre histoire personnelle, nos dogmes et nos croyances pour entrer pleinement en résonance avec son cœur et s’ouvrir à la transcendance. Et dans cet espace sacré qui prend forme, au-delà des apparences et des illusions de toutes sortes que nous avons entretenus tout ce temps, une rencontre se dessine. C’est vous, tout simplement, celui ou celle que vous avez passé toute votre vie à chercher ailleurs, mais aussi à fuir ! Accepter la fragilité de cette rencontre avec soi, vivre intensément le moment présent malgré l’inconfort qui envahit tout notre être, s’ouvrir à son cœur, c’est accepter la Vie au fond de soi.

 

Au fil des ans, nous développons des habitudes, des comportements, des préoccupations et surtout notre lot de distractions. Nous n’en prenons pas toujours conscience mais en fait, nous développons une sorte de bavardage mental incessant, de conversation avec soi-même pour consolider notre monde à chaque instant, pour se convaincre qu’on est fort, qu’on est beau, qu’on est spirituel. Bref, nous devenons le personnage central, la mascotte d’une pièce de théâtre qu’on appelle sa vie. Et chaque fois que nous nous sentons menacés dans nos croyances, nos valeurs et nos émotions, nous nous renfrognons et nous empressons de refaire notre monde, d’en renforcer les défenses quand ce n’est de le figer dans un passé romantique imaginaire où « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » ! En réalité, à chaque fois, l’on s’éloigne de soi. Nous devenons toujours plus fragmenté ; nous créons des distances avec notre cœur, nos émotions, notre vulnérabilité mais avant tout, notre authenticité, notre nature essentiel, comme le dirait Sogyal Rinpoché.

Tout à coup, nous avons l’impression qu’il existe deux mois qui se confrontent dans notre tête. Celui de notre mental et celui de notre cœur. S’installe alors un dialogue de sourd entre les deux, une sorte de lutte. Notre mental s’emballe, s’illusionne et construit un mur de protection et crée différents masques pour interagir avec son entourage, nos amis ainsi que tous les inconnus qui s’aventurent dans notre espace et viennent confronter nos certitudes. Bref, notre mental, la somme de nos expériences passées, nous protège du monde extérieur.

D’autre part, le second moi en nous, notre coeur, a besoin d’air frais, de sentir la brise sur son corps, son visage, d’explorer la vie au-delà de ses limites, de découvrir, au-delà de ses grottes intérieures, des émotions, des énergies et des ressentis nouveaux et inédits. Dans cette partie de soi, l’appel se fait pressant, cherchant à se faire entendre dans tout ce bavardage. Et dans nos moments de fragilité, de vulnérabilité et surtout de grands jugements envers soi, l’on ressent parfois un urgent besoin de se dépasser, d’affronter l’inconnu. Intuitivement, ce second moi pressent qu’à travers sa vulnérabilité se trouve une grande force intérieure, une puissance, une forme nouvelle d’énergie mis en lumière par certaine expériences extraordinaires que nous avons vécues et qui ont laissé leur marque, nous faisant expérimenter un lien différent avec la vie en nous et autour de nous. En vain, malheureusement, notre mental et son complice, l’égo spirituel veille au grain pour, disent-ils, nous ramener dans le droit chemin !

C’est alors que débute une longue bataille avec soi-même. Les émotions sont bien souvent un langage qu’il nous faut apprivoiser pour bien en saisir les différentes nuances et les nombreux degrés de subtilités des messages que ces énergies nouvelles nous transmettent. Mais la plupart du temps, pour bien des gens, elles sont des menaces à leurs zones de conforts.

Petit à petit, nous réalisons, au prix d’efforts considérables au début, par dépit ou encore à la suite d’un événement qui provoque le chaos en soi, que lorsqu’on nomme les choses, qu’on les accepte et les ressent, la pression devient moins grande en nous, les tensions disparaissent et une grande paix s’installe en soi. Premier constat, bien qu’intense, cet état est temporaire et fugace. On bouge et tout disparait ! Le lendemain matin, on a aucune idée comment retrouver cette paix. C’était comme un rêve.

On peut se mentir encore mais lorsque l’on a fait l’expérience directe de cette grande paix en soi, de ce bien-être profond et indicible, on cherche à la retrouver, et c’est là que le mental embarque. Tout comme l’on a mis des années à créer ces habitudes, ces masques et ces barrières pour nous protéger des autres et de notre propore vulnérabilité, il est ici important de bien comprendre qu’apprivoiser ses peurs et créer de nouvelles habitudes axées sur notre bien-être demandent du temps, du courage, de l’attention, de la détermination, du lâcher-prise et surtout de la compassion pour soi-même. Bref, il faut être authentique avec soi-même. Si on a mis vingt, trente, quarante, cinquante ans à construire ces habitudes, il ne faut pas se surprendre que ça ne part pas d’un coup de baguette magique ou d’un atelier de fin de semaine. Il nous faut d’abord entreprendre un travail de prise de conscience, faire l’état des lieux en quelque sorte – qui sommes-nous sous nos masques – de bien le ressentir et par la suite, créer de nouvelles habitudes en toutes conscience. Petit conseil, il est plus facile de rajouter que d’enlever puis remplacer. Le mental a la capacité et surtout la mauvaise habitude de tout ramener « comme avant ». Sachez que le mental est la somme de votre passé et des attentes de votre futur. Son rôle n’est pas d’être dans le moment présent.

 

Les émotions sont une force de résonance multidimensionnelle qui connecte tous les êtres sensibles. Accepter de les ressentir, c’est entrer en résonance avec la vie, dans l’essentiel du moment présent.

 

Les émotions sont une force de résonance multidimensionnelle qui connecte tous les êtres sensibles. Lorsqu’on apprend à les interpréter correctement, elles deviennent des outils qui nous informent sur nous-mêmes et notre environnement.

Renier ses émotions ne les fait pas disparaître. Plutôt, il les relègue dans un coin sombre de soi-même. Une grande partie de notre énergie vitale est alors utilisée pour ainsi maintenir hors de notre conscient ces parties de soi que l’on refuse de reconnaître, d’accepter et d’intégrer. Ces émotions vont résonner non pas à la première personne mais plutôt comme une résistance inconsciente. Lorsque l’on les repousse dans son inconscient, on crée ainsi un déséquilibre émotionnel et physique car cette énergie inconsciente se loge dans notre corps et peut même affecter notre système nerveux. Elle se manifeste sous différentes formes : insécurité, vulnérabilité, agressivité, maladie, burn-out, crise existentiel.

Nos émotions n’ont pas à changer mais seulement à être reconnues, apprivoisées. Ainsi, de ce fait, vous allez immédiatement ressentir un relâchement des tensions dans votre corps, comme une paix dans votre plexus solaire. Vous allez réaliser que vous respirez mieux, vous vous sentez moins oppressés. Sinon, nous allons retrouver ces projections chez l’autre. Par exemple, lorsque nous renions notre colère, nous allons remarquer que tous les gens autour de nous sont en colère, et ainsi de suite.

Peu importe notre maitrise à cacher ou renier nos émotions, notre système nerveux devient une sorte de diffuseur de ces énergies reniées. D’où bien souvent, les conflits avec des gens de notre entourage. Il se trouvera toujours quelqu’un qui viendra « peser sur nos boutons » et nous faire « sortir de nos gonds » : c’est pas moi, c’est sa faute  ! Il devient alors le miroir de la réalité que l’on cherche à fuir. C’est aussi, bien souvent, le moment où nous percevons chez l’autre la différence entre ce qu’il dit et ce que nous en ressentons. En fait, en reniant ces émotions que l’on perçoit comme négative ou menaçante en soi, l’autre devient le miroir de nos dénis. Accepter de ressentir ses émotions, c’est entrer en résonance avec la vie, dans l’essentiel du moment présent.

Le moment présent, c’est le vide entre l’inspir et l’expir, c’est le silence entre deux notes. En réalité, c’est se libérer de l’attachement que nous avons à notre histoire personnelle, nos dogmes et nos croyances pour mieux vivre le moment présent, entrer pleinement en résonance avec son expérience et s’ouvrir à la transcendance.

S’ouvrir à soi-même, aller au-delà de ses masques, provoque toujours un vide intérieur. Soudain, nous ne sommes plus capables ni de penser, ni d’être. Nous expérimentons l’inconfort du moment présent. Mais que nous arrive-t-il réellement ? Un saut quantique dans le grand vide plein du moment présent ! Quelque chose enfermée au fond de soi cherche à s’exprimer. On pourrait aussi le nommer le « trac de vivre » ! C’est la vie qui nous révèle à nous-mêmes.

Ces deuils et petites morts, lorsque nous savons les accueillir avec ouverture et compassion, se révèlent être des occasions uniques de nous ramener à l’essentiel de soi et à la source d’une grande sagesse. Si nous nous permettons d’apprivoiser ce vide en nous, nous y découvrirons un espace sacré, celui où le passé s’effondre, n’existe plus et où le futur n’a pris forme. C’est cela qu’on appelle le moment présent. Et selon la perspective que l’on adopte, c’est aussi la nuit noire de l’âme, dont nous parle St-Jean-de-la-Croix. Si nous prenons le temps de respirer profondément, de nous abandonner, d’apprivoiser cette intensité en soi, ce peut être une grande révélation sur qui nous sommes réellement au-delà de nos masques, au fond de notre coeur. Bien évidemment, ce n’est pas aussi facile ou magique qu’on le voudrait et il faut savoir être bon avec soi. Pas complaisant, tout simplement bon.

Et dans cet espace sacré qui prend forme, au-delà des apparences et des illusions de toutes sortes que nous avons entretenus tout ce temps, une rencontre se dessine. C’est vous, tout simplement, celui ou celle que vous avez passé toute votre vie à chercher ailleurs, mais aussi à fuir ! Accepter la fragilité de cette rencontre avec soi, vivre intensément le moment présent malgré l’inconfort qui envahit tout notre être, s’ouvrir à son cœur, c’est enfin accepter la Vie au fond de soi.

Quand la porte du cœur s’ouvre, nous passons d’ « avoir » à « être » pour ainsi « devenir ». Nous ne sommes plus en manque, nous vivons l’abondance. Là où il y avait des problèmes, il y a maintenant des solutions. Les murs deviennent des portes qui s’ouvrent sur notre plein potentiel humain. Le flot naturel est rétabli, tout devient créatif, souffle, amour. Toutefois, l’intégration nécessite de cultiver cet espace intérieur, d’en prendre soin comme un jardin. Il faut surtout savoir reconnaître et accepter les différents cycles du travail de transformation et d’intégration. Nous apprenons alors à reconstruire notre monde, à nous reconnecter à une partie plus intime en soi, au-delà des références passées, des frontières tissées par autrui, famille et amis, en un mot, au-delà de la peur d’être rejeté, de ne pas être aimé !

 

 

 

1 Commentaire

Les commentaires sont fermés.

  1. Danielle 6 mois Il y a

    À des milliers de kilomètres de chez moi.
    Consciente de mes peurs, assumer ma decision J ai l’impression d être dans un espace irréel. Assurément je dois M accrocher au moment présent et écrire ma page blanche à tous les jours. J accueil J accepte et je me laisse transformer. Xo

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